Les marchands de thé à l'assaut des places et des plages
ALGER - Sillonnant à longueur de journée les rues et ruelles de la ville, tenant d'une main une grosse théière invariablement couleur or et, de l'autre, les nécessaires qui vont avec, de jeunes gens proposent à qui en veut du thé continuellement chaud et garni de cette feuille de menthe sans laquelle la boisson nationale perdrait de sa saveur et de sa légendaire notoriété.
Originaires, pour la majorité, du sud du pays, ces personnes venues vendre leur "taye" aux "nordiques", font désormais partie intégrante du tissu algérois et font immanquablement rappeler les joyeux vendeurs d'eau fraîche qui hantaient jadis les venelles étroites de la Casbah d'Alger.
Assez populaires, ils n'hésitent pas à installer leur "commerce" juste à côté des cafés et autres salons de thé sans être inquiétés outre mesure par les propriétaires des lieux et il s'en trouve même certains pour leur fournir l'eau nécessaire à la fabrication de la boisson bénie.
Jeunes et moins jeunes, commerçants ou simples passants, beaucoup sont tentés par un thé préparé à la traditionnelle et maintenu à la juste température grâce aux récipients remplis de braise qui accompagnent la théière.
"Du thé, du thé... bien chaud à la menthe, donne de la vitalité et dissipe l'angoisse", voilà le refrain que reprend inlassablement Djelloul, un jeune revendeur fort sympathique, la vingtaine bien entamée, originaire de Timimoun et établi à Alger depuis deux ans.
"Je suis arrivé à Alger en 2006 dans l'espoir de trouver du travail mais après de vaines tentatives, je me suis rabattu, de guerre lasse, sur la vente de thé et de cacahuètes. En réalité, c'est quelqu'un de ma région qui m'a soufflé l'idée d'essayer cette activité et au bout du compte, je gagne ma vie honnêtement", raconte-t-il avec le flegme et la sérénité qui font la réputation des habitants du désert.
Quelque temps passé en sa compagnie et l'on découvre un jeune homme qui aime son "métier" et en tire "beaucoup de bonheur". En plus, poursuit-il, "cela m'a permis de découvrir la capitale dans ses moindres recoins et de me faire beaucoup de relations sympathiques parmi les nombreux clients qui apprécient le thé bien fort des régions du Sud".
Sa journée typique?: "Je me réveille dès l'aube pour accomplir la première prière du jour et j'entame ma journée juste après, dans la fraîcheur du petit matin, par la préparation du thé avec une eau saine que je me procure, au bon vouloir des propriétaires, dans des cafés ou autre locaux commerciaux. Le reste est bien connu: je sillonne des quartiers entiers parfois jusqu'à une heure avancée de la soirée et il est rare que je me plaigne du résultat".
-Du sable saharien au sable marin- De son côté, Ahmed, originaire de Touggourt (Ouargla), s'adonne au commerce ambulant du thé depuis 2004, l'année où il a accompli son service national dans la capitale et a décidé de s'y installer "contre vents et marrées".
Ayant acquis une certaine expérience, il "décide" très vite de "prendre pour marché les grandes places d'Alger" à l'image de la place du 1er mai ou la Grande-poste" où il propose à la vente "le meilleur thé d'Algérie"...
"C'est là ou il y a le plus de demande et ça m'évite de trop marcher car après avoir passé des années à sillonner les rues d'Alger et même celles des villes voisines comme Blida, j'ai plutôt envie de m'installer quelque part à l'abri de la saisie (policière, parce que cette activité reste tout de même illicite) et laisser venir le client", confie-t-il.
Dans le but d'améliorer sa situation --et peut-être de la régulariser un jour-- Ahmed a même tenté l'expérience de "s'associer" avec un propriétaire de café de Bab-El-Oued mais ce partenariat contre nature s'est vite effondré en raison d'un différend sur le partage des bénéfices.
Il est d'autres "ambulants" qui se sont carrément sédentarisés comme ce jeune homme -que tout le monde appelle par l'étrange sobriquet de "James Dean"- qui exerce son commerce de thé dans sa vieille R4 stationnée à l'année face aux gargotes du port de pêche de Bouharoun (40 km à l'ouest d'Alger) et qui semble faire fortune grâce à la qualité de sa marchandise mais aussi à un certain sens de l'accueil et de la courtoisie bien sahariens.
Plus prudent et sans doute moins libre durant l'année, Hanchi, 35 ans, ancien agriculteur, marié et père de deux enfants, a quant à lui choisi --comme d'ailleurs une multitude d'autres personnes-- de vendre son thé uniquement sur les plages durant les deux ou trois mois de l'été. Il dit n'avoir jamais vu la mer avant son installation à Alger, il y a quelques années, et trouve donc un certain plaisir à écouler sa marchandise au bord de la grande bleue, histoire de gagner des sous mais aussi de vivre un peu l'été au milieu de ces étranges créatures nommées estivants.
Au fil des ans, il s'est constitué une clientèle bronzée bien fidèle avec laquelle il affirme partager souvent de longues et intéressantes conversations sans omettre de leur servir, moyennant 10 à 20 DA par tasse, du thé concocté à la manière de sa lointaine bourgade saharienne.
APS
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